Université L2 — licence de mathématiques

Diagonalisation et calcul matriciel — 10 exercices corrigés L2

La diagonalisation est distinguée de la triangularisation et des formes à blocs de Jordan. Les critères sont appliqués sur le corps indiqué, puis exploités pour calculer puissances, récurrences et fonctions de matrices.

L'essentiel à retenir

  • Une matrice est diagonalisable si elle possède une base de vecteurs propres, ou si la somme des dimensions de ses espaces propres vaut sa taille.
  • Un polynôme annulateur scindé à racines simples assure la diagonalisation sur le corps considéré.
  • Des valeurs propres toutes distinctes suffisent à diagonaliser, mais ne sont pas nécessaires.
  • Si A=PDP−1A=PDP^{-1}, alors An=PDnP−1A^n=PD^nP^{-1} et etA=PetDP−1e^{tA}=Pe^{tD}P^{-1}.

Exercice 1 — Diagonalisation triangulaire et puissances

Soit A=(110021003)A=\begin{pmatrix}1&1&0\\0&2&1\\0&0&3\end{pmatrix}.
  1. Donner une matrice de passage et son inverse pour diagonaliser AA.
  2. En déduire AnA^n pour tout n∈Nn\in\mathbb N.
Corrigé détaillé
1. Les valeurs propres sont 1,2,31,2,3. Des vecteurs propres sont (1,0,0)(1,0,0), (1,1,0)(1,1,0) et (1,2,2)(1,2,2). Avec P=(111012002)P=\begin{pmatrix}1&1&1\\0&1&2\\0&0&2\end{pmatrix} et P−1=(1−11/201−1001/2)P^{-1}=\begin{pmatrix}1&-1&1/2\\0&1&-1\\0&0&1/2\end{pmatrix}, les produits vérifient PP−1=I3PP^{-1}=I_3 et AP=Pdiag⁡(1,2,3)AP=P\operatorname{diag}(1,2,3). Donc A=PDP−1A=PDP^{-1}. 2. Les facteurs intérieurs se simplifient : An=PDnP−1=(12n−1(3n−2n+1+1)/202n3n−2n003n)A^n=PD^nP^{-1}=\begin{pmatrix}1&2^n-1&(3^n-2^{n+1}+1)/2\\0&2^n&3^n-2^n\\0&0&3^n\end{pmatrix}. Pour n=0n=0, les termes hors diagonale sont nuls et on retrouve I3I_3 ; pour n=1n=1, on retrouve AA.

Exercice 2 — Valeur propre double sans diagonalisation

Soit A=(210020003)A=\begin{pmatrix}2&1&0\\0&2&0\\0&0&3\end{pmatrix}.
  1. Montrer qu'elle n'est pas diagonalisable.
  2. Calculer AnA^n pour n≥0n\geq0 malgré cet échec.
Corrigé détaillé
  1. La valeur propre 22 a multiplicité algébrique 22, mais (A−2I)x=0(A-2I)x=0 impose y=z=0y=z=0, donc son espace propre est de dimension 11. Celui de 33 est Re3\mathbb Re_3 ; les dimensions totalisent 2<32<3.
  2. Le premier bloc est 2I2+N2I_2+N, avec N2=0N^2=0. Pour n≥1n\geq1, le binôme donne (2I2+N)n=2nI2+n2n−1N(2I_2+N)^n=2^nI_2+n2^{n-1}N. Donc An=(2nn2n−1002n0003n)A^n=\begin{pmatrix}2^n&n2^{n-1}&0\\0&2^n&0\\0&0&3^n\end{pmatrix}. Pour n=0n=0, on prend séparément A0=I3A^0=I_3.

Exercice 3 — Famille toujours diagonalisable

Soit At=(1t02)A_t=\begin{pmatrix}1&t\\0&2\end{pmatrix}, t∈Rt\in\mathbb R.
  1. Construire une diagonalisation valable pour tout tt.
  2. Calculer AtnA_t^n et vérifier le cas t=0t=0.
Corrigé détaillé
  1. Les valeurs propres 1,21,2 sont distinctes. Pour 11, choisir e1e_1 ; pour 22, les équations donnent x=tyx=ty, donc choisir (t,1)(t,1). Ainsi Pt=(1t01)P_t=\begin{pmatrix}1&t\\0&1\end{pmatrix} et Pt−1=(1−t01)P_t^{-1}=\begin{pmatrix}1&-t\\0&1\end{pmatrix}, avec At=Ptdiag⁡(1,2)Pt−1A_t=P_t\operatorname{diag}(1,2)P_t^{-1}.
  2. La multiplication donne Atn=(1t(2n−1)02n)A_t^n=\begin{pmatrix}1&t(2^n-1)\\0&2^n\end{pmatrix} pour tout n≥0n\geq0. Si t=0t=0, on retrouve les puissances de la matrice diagonale diag⁡(1,2)\operatorname{diag}(1,2).

Exercice 4 — Diagonalisation réelle ou complexe : une structure non orthogonale

Soit K=(0−210)K=\begin{pmatrix}0&-2\\1&0\end{pmatrix}.
  1. Est-elle diagonalisable sur R\mathbb R, puis sur C\mathbb C ?
  2. Calculer K2mK^{2m}, K2m+1K^{2m+1} pour m∈Nm\in\mathbb N et etKe^{tK} pour t∈Rt\in\mathbb R.
Corrigé détaillé
1. Le polynôme caractéristique est X2+2X^2+2, sans racine réelle ; aucune diagonalisation réelle n’est possible. Sur C\mathbb C, les deux valeurs propres distinctes sont i2i\sqrt2 et −i2-i\sqrt2, avec vecteurs propres (i2,1)(i\sqrt2,1) et (−i2,1)(-i\sqrt2,1) ; ils forment une base. 2. K2=−2IK^2=-2I, donc K2m=(−2)mIK^{2m}=(-2)^mI et K2m+1=(−2)mKK^{2m+1}=(-2)^mK. La série de l’exponentielle est absolument convergente ; on sépare ses termes pairs et impairs : etK=Icos⁡(2t)+(K/2)sin⁡(2t)e^{tK}=I\cos(\sqrt2t)+(K/\sqrt2)\sin(\sqrt2t). Au temps zéro, on obtient II, et la dérivée en zéro vaut KK.

Exercice 5 — Récurrence de Fibonacci

Soit F0=0F_0=0, F1=1F_1=1, Fn+2=Fn+1+FnF_{n+2}=F_{n+1}+F_n.
  1. Diagonaliser la matrice de transition.
  2. En déduire une formule explicite et la limite de Fn+1/FnF_{n+1}/F_n.
Corrigé détaillé
  1. Pour Un=(Fn+1,Fn)TU_n=(F_{n+1},F_n)^T, Un+1=AUnU_{n+1}=AU_n avec A=(1110)A=\begin{pmatrix}1&1\\1&0\end{pmatrix}. Les racines de t2−t−1t^2-t-1 sont φ=(1+5)/2\varphi=(1+\sqrt5)/2 et ψ=(1−5)/2\psi=(1-\sqrt5)/2, avec vecteurs propres (φ,1)(\varphi,1) et (ψ,1)(\psi,1).
  2. Puisque U0=(1,0)=[(φ,1)−(ψ,1)]/5U_0=(1,0)=[(\varphi,1)-(\psi,1)]/\sqrt5, on obtient Fn=(φn−ψn)/5F_n=(\varphi^n-\psi^n)/\sqrt5. Comme ∣ψ/φ∣<1|\psi/\varphi|<1, le quotient pour n≥1n\geq1 tend vers φ\varphi.

Exercice 6 — Diagonalisation simultanée

Soient A,BA,B deux endomorphismes diagonalisables d'un espace de dimension finie sur un même corps, avec AB=BAAB=BA.
  1. Montrer que chaque espace propre de AA est stable par BB.
  2. En déduire une base commune de vecteurs propres.
Corrigé détaillé
  1. Si Ax=λxAx=\lambda x, alors A(Bx)=B(Ax)=λBxA(Bx)=B(Ax)=\lambda Bx, donc Bx∈Eλ(A)Bx\in E_\lambda(A).
  2. Puisque BB est diagonalisable, il admet un polynôme annulateur scindé à racines simples, par exemple le produit des t−μt-\mu sur son spectre. Ce même polynôme annule la restriction de BB à chaque espace stable Eλ(A)E_\lambda(A) ; chaque restriction est donc diagonalisable. Choisir une base propre de cette restriction dans chaque Eλ(A)E_\lambda(A), puis réunir ces bases. La somme des espaces propres de AA étant directe et totale, on obtient la base commune annoncée.

Exercice 7 — Projecteurs spectraux et fonction de matrice

Soit AA diagonalisable avec spectre inclus dans {1,3}\{1,3\}.
  1. Construire les projecteurs spectraux en fonction de AA.
  2. Exprimer AnA^n et etAe^{tA} sans matrice de passage.
Corrigé détaillé
  1. Le polynôme (X−1)(X−3)(X-1)(X-3) annule AA. Posons P1=(3I−A)/2P_1=(3I-A)/2 et P3=(A−I)/2P_3=(A-I)/2. Sur E1E_1, ils valent respectivement I,0I,0 ; sur E3E_3, ils valent 0,I0,I. Ainsi P1+P3=IP_1+P_3=I, P1P3=0P_1P_3=0, et ce sont les projecteurs sur les espaces propres correspondants.
  2. On a A=P1+3P3A=P_1+3P_3, donc An=P1+3nP3A^n=P_1+3^nP_3 pour tout n≥0n\geq0, et etA=etP1+e3tP3e^{tA}=e^tP_1+e^{3t}P_3. Ces formules restent valables si l'un des deux espaces propres est nul.

Exercice 8 — Une involution

Soit S∈Mn(R)S\in M_n(\mathbb R) tel que S2=IS^2=I.
  1. Prouver sa diagonalisation et décrire les deux composantes de tout vecteur.
  2. Si n=5n=5 et tr⁡S=1\operatorname{tr}S=1, déterminer les dimensions des espaces propres et det⁡S\det S.
Corrigé détaillé
  1. Le polynôme X2−1=(X−1)(X+1)X^2-1=(X-1)(X+1) est scindé à racines simples, donc SS est diagonalisable. Tout xx s'écrit x=(x+Sx)/2+(x−Sx)/2x=(x+Sx)/2+(x-Sx)/2 ; les deux termes appartiennent respectivement à E1E_1 et E−1E_{-1}. Leur intersection est nulle.
  2. Si les dimensions sont p,qp,q, on a p+q=5p+q=5 et p−q=tr⁡S=1p-q=\operatorname{tr}S=1. Donc p=3p=3, q=2q=2. Le déterminant est le produit des valeurs propres : 13(−1)2=11^3(-1)^2=1.

Exercice 9 — Matrice stochastique à deux états

Soit P=(3/41/41/21/2)P=\begin{pmatrix}3/4&1/4\\1/2&1/2\end{pmatrix}.
  1. Diagonaliser PP et calculer PnP^n.
  2. Déterminer la limite des distributions lignes μPn\mu P^n.
Corrigé détaillé
  1. Les valeurs propres sont 11 et 1/41/4. Des vecteurs propres droits sont (1,1)(1,1) et (1,−2)(1,-2). Avec Q=(111−2)Q=\begin{pmatrix}1&1\\1&-2\end{pmatrix}, Q−1=13(211−1)Q^{-1}=\frac13\begin{pmatrix}2&1\\1&-1\end{pmatrix}. En posant r=4−nr=4^{-n}, on obtient Pn=13(2+r1−r2−2r1+2r)P^n=\frac13\begin{pmatrix}2+r&1-r\\2-2r&1+2r\end{pmatrix}.
  2. Cette matrice tend vers celle dont chaque ligne est (2/3,1/3)(2/3,1/3). Pour toute distribution ligne μ=(a,1−a)\mu=(a,1-a), la somme des coefficients vaut 11, donc μPn→(2/3,1/3)\mu P^n\to(2/3,1/3). On vérifie directement que cette limite est stationnaire.

Exercice 10 — Un carré diagonalisable ne suffit pas toujours

  1. Donner une matrice réelle non diagonalisable dont le carré est diagonalisable.
  2. Montrer en revanche que si AA est inversible et A2A^2 est diagonalisable sur C\mathbb C, alors AA est diagonalisable sur C\mathbb C.
Corrigé détaillé
  1. La matrice N=(0100)N=\begin{pmatrix}0&1\\0&0\end{pmatrix} n'est pas diagonalisable : son seul espace propre est de dimension 11. Pourtant N2=0N^2=0, matrice diagonale.
  2. Soient μ1,…,μr\mu_1,\ldots,\mu_r les valeurs propres distinctes de A2A^2. Elles sont non nulles puisque AA est inversible. Le polynôme p(X)=∏j(X−μj)p(X)=\prod_j(X-\mu_j) annule A2A^2, donc q(X)=∏j(X2−μj)q(X)=\prod_j(X^2-\mu_j) annule AA. Sur C\mathbb C, chaque facteur a deux racines distinctes non nulles ; deux facteurs différents n'ont aucune racine commune. Ainsi qq est scindé à racines simples, ce qui diagonalise AA.