Université L2 — licence de mathématiques

Équations différentielles et systèmes — 10 exercices corrigés L2

Le chapitre articule résolution explicite, exponentielle matricielle, existence locale et comportement qualitatif. Pour les équations non linéaires, l'intervalle maximal de définition fait partie de la réponse.

L'essentiel à retenir

  • Pour X′=AXX'=AX, la solution de condition initiale X(0)=X0X(0)=X_0 est etAX0e^{tA}X_0.
  • Pour X′=AX+F(t)X'=AX+F(t), la variation des constantes donne X(t)=etA[X0+∫0te−sAF(s)ds]X(t)=e^{tA}[X_0+\int_0^te^{-sA}F(s)ds].
  • Un second membre continu et localement lipschitzien en l'inconnue assure l'existence et l'unicité locales ; il n'assure pas nécessairement l'existence globale.
  • Dans un système linéaire autonome, des valeurs propres de partie réelle strictement négative assurent la stabilité asymptotique de l'équilibre nul.

Exercice 1 — Système symétrique couplé

Résoudre x′=x+2yx'=x+2y, y′=2x+yy'=2x+y, avec x(0)=1x(0)=1, y(0)=0y(0)=0.
  1. Découpler le système par deux combinaisons linéaires.
  2. Décrire le comportement à l'infini et les conditions initiales donnant une solution tendant vers zéro.
Corrigé détaillé
  1. Posons u=x+yu=x+y et v=x−yv=x-y. Alors u′=3uu'=3u, v′=−vv'=-v, avec u(0)=v(0)=1u(0)=v(0)=1. Donc u=e3tu=e^{3t}, v=e−tv=e^{-t}, puis x=(e3t+e−t)/2x=(e^{3t}+e^{-t})/2, y=(e3t−e−t)/2y=(e^{3t}-e^{-t})/2.
  2. Pour des données générales (a,b)(a,b), u=(a+b)e3tu=(a+b)e^{3t} et v=(a−b)e−tv=(a-b)e^{-t}. La solution tend vers zéro exactement lorsque a+b=0a+b=0. Pour les données imposées, xx et yy sont équivalents à e3t/2e^{3t}/2 : l'équilibre est instable.

Exercice 2 — Bloc de Jordan avec second membre

Résoudre x′=2x+y+e2tx'=2x+y+e^{2t}, y′=2yy'=2y, avec x(0)=y(0)=1x(0)=y(0)=1.
  1. Déterminer yy puis xx.
  2. Calculer l'exponentielle de la matrice homogène et retrouver le terme supplémentaire.
Corrigé détaillé
  1. y=e2ty=e^{2t}. L'équation de xx devient x′−2x=2e2tx'-2x=2e^{2t}, donc (e−2tx)′=2(e^{-2t}x)'=2. Ainsi x=e2t(1+2t)x=e^{2t}(1+2t).
  2. La matrice est A=2I+NA=2I+N, avec N=(0100)N=\begin{pmatrix}0&1\\0&0\end{pmatrix} et N2=0N^2=0. Donc etA=e2t(1t01)e^{tA}=e^{2t}\begin{pmatrix}1&t\\0&1\end{pmatrix}. La solution homogène issue de (1,1)(1,1) vaut e2t(1+t,1)e^{2t}(1+t,1). La variation des constantes pour (e2t,0)(e^{2t},0) ajoute e2t(t,0)e^{2t}(t,0), d'où le résultat.

Exercice 3 — Oscillateur amorti

Résoudre y′′+2y′+5y=0y''+2y'+5y=0, y(0)=1y(0)=1, y′(0)=0y'(0)=0.
  1. Calculer la solution réelle.
  2. Montrer la décroissance d'une énergie et en déduire une propriété qualitative.
Corrigé détaillé
  1. Le polynôme caractéristique a pour racines −1±2i-1\pm2i. Donc y=e−t(Acos⁡2t+Bsin⁡2t)y=e^{-t}(A\cos2t+B\sin2t). La première condition donne A=1A=1 ; la dérivée en zéro vaut −A+2B-A+2B, d'où B=1/2B=1/2.
  2. Posons E=(y′2+5y2)/2E=(y'^2+5y^2)/2. Alors E′=y′(y′′+5y)=−2y′2≤0E'=y'(y''+5y)=-2y'^2\leq0. L'énergie est décroissante et positive. La formule explicite montre en outre y(t)→0y(t)\to0 et y′(t)→0y'(t)\to0 ; l'énergie tend donc vers zéro. L'amortissement fait décroître l'amplitude sans supprimer les oscillations.

Exercice 4 — Résonance dans un second ordre

Résoudre y′′+y=cos⁡ty''+y=\cos t, avec y(0)=y′(0)=0y(0)=y'(0)=0.
  1. Construire une solution particulière adaptée à la résonance.
  2. Vérifier les conditions initiales et discuter la bornitude.
Corrigé détaillé
  1. Une solution particulière de la forme atsin⁡tat\sin t convient. En effet (tsin⁡t)′′+tsin⁡t=2cos⁡t(t\sin t)''+t\sin t=2\cos t, donc yp=tsin⁡t/2y_p=t\sin t/2. La solution générale est y=Acos⁡t+Bsin⁡t+tsin⁡t/2y=A\cos t+B\sin t+t\sin t/2.
  2. En zéro, y(0)=A=0y(0)=A=0 et y′(0)=B=0y'(0)=B=0, donc y=tsin⁡t/2y=t\sin t/2. Pour tk=π/2+2kπt_k=\pi/2+2k\pi, y(tk)=tk/2→∞y(t_k)=t_k/2\to\infty ; la solution n'est pas bornée. Le forçage est pourtant borné : sa fréquence coïncide avec celle du système homogène.

Exercice 5 — Rotation plane et conservation

Considérer x′=−3yx'=-3y, y′=3xy'=3x, avec (x(0),y(0))=(a,b)(x(0),y(0))=(a,b).
  1. Calculer la solution et l'exponentielle matricielle.
  2. Déterminer les trajectoires et la période des solutions non nulles.
Corrigé détaillé
  1. Pour J=(0−110)J=\begin{pmatrix}0&-1\\1&0\end{pmatrix}, J2=−IJ^2=-I, donc e3tJ=Icos⁡3t+Jsin⁡3te^{3tJ}=I\cos3t+J\sin3t. Ainsi x=acos⁡3t−bsin⁡3tx=a\cos3t-b\sin3t et y=asin⁡3t+bcos⁡3ty=a\sin3t+b\cos3t.
  2. On a (x2+y2)′=2x(−3y)+2y(3x)=0(x^2+y^2)'=2x(-3y)+2y(3x)=0. Chaque trajectoire non nulle est le cercle de rayon a2+b2\sqrt{a^2+b^2}, parcouru dans le sens trigonométrique. Le retour d'un vecteur non nul exige un angle multiple de 2π2\pi ; la période minimale est donc 2π/32\pi/3. L'origine est stable mais non asymptotiquement stable.

Exercice 6 — Équation logistique

Soit y′=y(1−y)y'=y(1-y), y(0)=y0y(0)=y_0.
  1. Résoudre pour 0<y0<10<y_0<1 et déterminer la limite.
  2. Traiter y0<0y_0<0 en précisant l'intervalle maximal contenant zéro.
Corrigé détaillé
  1. La séparation donne log⁡∣y/(1−y)∣=t+C\log|y/(1-y)|=t+C, donc y(t)=y0et/(1−y0+y0et)y(t)=y_0e^t/(1-y_0+y_0e^t). Pour 0<y0<10<y_0<1, le dénominateur reste positif sur R\mathbb R, et y(t)→1y(t)\to1 quand t→∞t\to\infty.
  2. La même formule vaut tant que le dénominateur ne s'annule pas. Pour y0<0y_0<0, son zéro est t∗=log⁡((y0−1)/y0)>0t_*=\log((y_0-1)/y_0)>0. L'intervalle maximal contenant 00 est (−∞,t∗)(-\infty,t_*). À l'approche de t∗t_* par la gauche, le numérateur est négatif et le dénominateur tend vers 0+0^+ : y→−∞y\to-\infty.

Exercice 7 — Explosion en temps fini

Étudier y′=1+y2y'=1+y^2, y(0)=a∈Ry(0)=a\in\mathbb R.
  1. Calculer la solution maximale.
  2. Expliquer pourquoi la régularité du second membre ne garantit pas une solution globale.
Corrigé détaillé
  1. Puisque (arctan⁡y)′=y′/(1+y2)=1(\arctan y)'=y'/(1+y^2)=1, on obtient arctan⁡y=t+arctan⁡a\arctan y=t+\arctan a tant que la solution est finie. Donc y=tan⁡(t+arctan⁡a)y=\tan(t+\arctan a) sur l'intervalle (−π/2−arctan⁡a,π/2−arctan⁡a)(-\pi/2-\arctan a,\pi/2-\arctan a). Aux deux extrémités, la tangente devient infinie, empêchant tout prolongement réel continu.
  2. La fonction y↦1+y2y\mapsto1+y^2 est de classe C1C^1, donc localement lipschitzienne : elle assure existence et unicité locales. Mais sa dérivée 2y2y n'est pas bornée sur R\mathbb R, et la croissance quadratique permet l'explosion.

Exercice 8 — Système triangulaire stable

Résoudre x′=−x+2yx'=-x+2y, y′=−2yy'=-2y, avec (x(0),y(0))=(a,b)(x(0),y(0))=(a,b).
  1. Donner une formule explicite.
  2. Établir une estimation exponentielle uniforme en fonction des données initiales.
Corrigé détaillé
  1. y=be−2ty=be^{-2t}. Puis (etx)′=2be−t(e^tx)'=2be^{-t}, donc etx=a+2b(1−e−t)e^tx=a+2b(1-e^{-t}). Ainsi x=(a+2b)e−t−2be−2tx=(a+2b)e^{-t}-2be^{-2t}.
  2. Pour t≥0t\geq0, on peut conserver la forme x=e−t[a+2b(1−e−t)]x=e^{-t}[a+2b(1-e^{-t})], d'où ∣x∣≤e−t(∣a∣+2∣b∣)|x|\leq e^{-t}(|a|+2|b|) et ∣y∣≤e−t∣b∣|y|\leq e^{-t}|b|. Ainsi ∥(x,y)∥∞≤3e−t∥(a,b)∥∞\|(x,y)\|_\infty\leq3e^{-t}\|(a,b)\|_\infty. Toutes les solutions tendent exponentiellement vers zéro, ce qui établit la stabilité asymptotique globale de l'origine.

Exercice 9 — Équation linéaire à coefficient variable

Résoudre sur R\mathbb R l'équation y′+2ty=ty'+2ty=t, y(0)=cy(0)=c.
  1. Utiliser un facteur intégrant.
  2. Déterminer les limites aux deux infinis et les solutions constantes.
Corrigé détaillé
  1. Le facteur intégrant est et2e^{t^2} puisque sa dérivée vaut 2tet22te^{t^2}. Ainsi (et2y)′=tet2(e^{t^2}y)'=te^{t^2}. En intégrant de 00 à tt, et2y−c=(et2−1)/2e^{t^2}y-c=(e^{t^2}-1)/2, d'où y=1/2+(c−1/2)e−t2y=1/2+(c-1/2)e^{-t^2}. Cette formule est définie sur tout R\mathbb R.
  2. Comme e−t2→0e^{-t^2}\to0 aux deux infinis, toutes les solutions tendent vers 1/21/2. Une solution constante kk doit satisfaire 2tk=t2tk=t pour tout tt, donc k=1/2k=1/2. Elle correspond exactement à c=1/2c=1/2.

Exercice 10 — Linéarisation d'un équilibre non linéaire

Considérer x′=−x+y2x'=-x+y^2, y′=−2yy'=-2y.
  1. Résoudre le système avec données (a,b)(a,b).
  2. Comparer le résultat au système linéarisé à l'origine et conclure sur la stabilité.
Corrigé détaillé
  1. y=be−2ty=be^{-2t}, puis x′+x=b2e−4tx'+x=b^2e^{-4t}. Ainsi (etx)′=b2e−3t(e^tx)'=b^2e^{-3t} et x=e−t[a+b2(1−e−3t)/3]x=e^{-t}[a+b^2(1-e^{-3t})/3].
  2. La différentielle du champ en zéro est diag⁡(−1,−2)\operatorname{diag}(-1,-2) : le système linéarisé est asymptotiquement stable. La solution exacte confirme la convergence pour toutes les données. De plus ∣x(t)∣≤∣a∣+b2/3|x(t)|\leq|a|+b^2/3 et ∣y(t)∣≤∣b∣|y(t)|\leq|b| pour t≥0t\geq0. Ces bornes tendent uniformément vers zéro avec (a,b)(a,b), ce qui prouve la stabilité, et non seulement l'attractivité.