Les intégrales sont étudiées séparément à chaque borne impropre. On distingue convergence absolue, convergence conditionnelle et valeur principale, cette dernière ne remplaçant jamais la convergence impropre ordinaire.
L'essentiel à retenir
Une intégrale sur un intervalle ouvert aux deux extrémités converge si les deux intégrales séparées par un point intérieur convergent.
Près de zéro, ∫01t−αdt converge exactement pour α<1 ; à l'infini, ∫1∞t−αdt converge exactement pour α>1.
Les comparaisons de fonctions positives et les équivalents positifs permettent de décider la convergence absolue.
Une intégration par parties impropre s'obtient d'abord sur un segment, puis par passage à la limite après vérification des termes de bord.
Exercice 1 — Singularités à zéro et à l'infini
Pour α∈R, étudier Iα=∫0∞xα−1/(1+x)dx.
Déterminer exactement les valeurs de convergence.
Calculer I1/2.
Corrigé détaillé
À zéro, l'intégrande est équivalent à xα−1, intégrable si et seulement si α>0. À l'infini, il est équivalent à xα−2, intégrable si et seulement si α<1. La convergence a donc lieu exactement pour 0<α<1.
Pour α=1/2, poser x=t2, dx=2tdt. Alors x−1/2dx=2dt et I1/2=2∫0∞dt/(1+t2)=2[arctant]0∞=π.
Exercice 2 — Puissances de logarithmes
Calculer ∫01logxdx en justifiant le terme de bord.
Calculer ∫01(logx)2dx et établir la convergence absolue de la première intégrale.
Corrigé détaillé
Sur [ε,1], une primitive est xlogx−x. Comme εlogε→0, l'intégrale vaut −1. Puisque logx≤0 sur (0,1], l'intégrale de la valeur absolue vaut 1.
Une intégration par parties donne ∫ε1log2xdx=[xlog2x]ε1−2∫ε1logxdx. Le terme εlog2ε tend vers zéro, par exemple en posant ε=e−u. La limite vaut donc −2(−1)=2.
Exercice 3 — Intégrale oscillante
Montrer que ∫1∞sinx/xdx converge et majorer son reste.
Montrer qu'elle ne converge pas absolument.
Corrigé détaillé
Sur [A,B], l'intégration par parties donne ∫ABsinx/xdx=[−cosx/x]AB−∫ABcosx/x2dx. Le terme en B tend vers zéro et la dernière intégrale converge absolument. Le reste au-delà de A est donc de module au plus 1/A+∫A∞x−2dx=2/A.
Sur [kπ,(k+1)π], 1/x≥1/((k+1)π) et ∫∣sinx∣dx=2. Chaque bloc apporte au moins 2/((k+1)π). La série harmonique diverge ; l'intégrale absolue diverge.
Exercice 4 — Récurrence des intégrales exponentielles
Pour n∈N, poser Jn=∫0∞xne−xdx.
Justifier la convergence et établir une récurrence.
Calculer ∫0∞(x2+3x+1)e−2xdx.
Corrigé détaillé
À zéro, xne−x est bornée. À l'infini, la décroissance exponentielle assure l'intégrabilité, par exemple xne−x≤Cne−x/2. Pour n≥1, l'intégration par parties et xne−x→0 donnent Jn=nJn−1. Comme J0=1, Jn=n!.
Avec u=2x, ∫0∞xne−2xdx=n!/2n+1. La valeur cherchée est 2!/8+3⋅1!/4+1/2=1/4+3/4+1/2=3/2.
Exercice 5 — Une intégrale rationnelle convergente
Justifier la convergence de I=∫1∞dx/[x(x+1)(x+2)].
Calculer exactement I par décomposition en éléments simples.
Corrigé détaillé
L'intégrande est continue sur [1,∞) et équivalente à x−3 à l'infini ; l'intégrale converge.
On a 1/[x(x+1)(x+2)]=1/(2x)−1/(x+1)+1/[2(x+2)]. Une primitive est F(x)=21logx−log(x+1)+21log(x+2)=21log[x(x+2)/(x+1)2]. Son argument tend vers 1, donc F(∞)=0. En 1, F(1)=21log3−log2. Ainsi I=log2−21log3=log(2/3).
Exercice 6 — Intégrale de Frullani
Soient a,b>0.
Justifier la convergence de ∫0∞(e−ax−e−bx)/xdx.
Calculer sa valeur en utilisant une intégrale sur le paramètre.
Corrigé détaillé
À zéro, e−ax−e−bx=(b−a)x+O(x2) : le quotient a une limite finie. À l'infini, sa valeur absolue est majorée par (e−ax+e−bx)/x, intégrable sur [1,∞).
Si a<b, on écrit (e−ax−e−bx)/x=∫abe−txdt. L'intégrande double est positive ; Tonelli permet d'inverser : I=∫ab(∫0∞e−txdx)dt=∫abdt/t=log(b/a). Pour a>b, on échange les rôles et change le signe ; pour a=b, les deux membres sont nuls.
Exercice 7 — Une intégrale logarithmique transformée
Déterminer pour quels p∈R l'intégrale ∫0e−1dx/[x∣logx∣p] converge.
Dans le cas convergent, calculer la valeur et l'intégrale sur (0,ε).
Corrigé détaillé
Posons u=−logx. Alors dx/x=−du, et les bornes deviennent +∞ puis 1. L'intégrale vaut donc ∫1∞u−pdu, convergente exactement pour p>1.
Pour p>1, une primitive est u1−p/(1−p) ; la valeur est 1/(p−1). Pour 0<ε≤e−1, le même changement donne ∫0εdx/[x∣logx∣p]=∫∣logε∣∞u−pdu=∣logε∣1−p/(p−1), qui tend bien vers zéro.
Exercice 8 — Intégrale gaussienne et changement polaire
Soit G=∫−∞∞e−x2dx.
Justifier sa convergence et calculer G.
En déduire ∫0∞x2e−x2dx.
Corrigé détaillé
Pour ∣x∣≥1, e−x2≤e−∣x∣, donc G est fini. Tonelli donne G2=∬R2e−(x2+y2)dxdy. En coordonnées polaires, G2=∫02π∫0∞e−r2rdrdθ=2π⋅1/2=π. Comme G>0, G=π.
Avec dv=xe−x2dx et u=x, l'intégration par parties donne ∫0∞x2e−x2dx=[−xe−x2/2]0∞+21∫0∞e−x2dx=π/4.
Exercice 9 — Valeur principale contre intégrale impropre
Considérer f(x)=1/x sur (−1,1)∖{0}.
Montrer que son intégrale impropre ordinaire n'existe pas.
Calculer sa valeur principale symétrique, puis la limite obtenue avec des coupures (−ε,2ε).
Corrigé détaillé
∫ε1dx/x=−logε→+∞, tandis que ∫−1−εdx/x=logε→−∞. Les deux intégrales doivent converger séparément : leur compensation ne définit pas une intégrale impropre.
Avec la même coupure des deux côtés, la somme est toujours 0, donc la valeur principale vaut 0. Avec la coupure asymétrique, ∫−1−εdx/x+∫2ε1dx/x=logε−log(2ε)=−log2. La dépendance au couplage confirme l'absence d'intégrale ordinaire.
Exercice 10 — Paramètre et dérivation sous l'intégrale
Pour a>0, poser F(a)=∫01(xa−1)/logxdx.
Justifier l'existence et calculer F′(a).
Déterminer F(a).
Corrigé détaillé
À x=1, le quotient tend vers a ; à zéro, sa valeur absolue est majorée par 1/∣logx∣, intégrable au voisinage de zéro, par exemple bornée sur (0,e−1). La dérivée en a de l'intégrande est xa. Sur un voisinage compact de tout a>0, elle est majorée par 1, ce qui justifie la dérivation : F′(a)=∫01xadx=1/(a+1).
Pour a↓0, la représentation (xa−1)/logx=∫0axtdt donne une valeur entre 0 et a, donc F(a)→0. Ainsi F(a)=∫0adt/(1+t)=log(1+a).