On approfondit les critères de convergence, la convergence conditionnelle, les produits et les estimations de restes. Toute manipulation de sommes infinies sera justifiée par la positivité, la convergence absolue ou une identité portant d'abord sur les sommes finies.
L'essentiel à retenir
La convergence absolue implique la convergence. Pour des termes positifs, les comparaisons, équivalents et critères intégral ou de d'Alembert s'appliquent sous leurs hypothèses respectives.
Le critère alterné s'applique lorsque les amplitudes décroissent vers zéro ; le reste est alors majoré en valeur absolue par le premier terme omis.
La sommation d'Abel permet de traiter un produit lorsque les sommes partielles d'un facteur sont bornées et que l'autre facteur décroît vers zéro.
Une série de Bertrand ∑n≥21/(nα(logn)β) converge si α>1, ou si α=1 et β>1.
Exercice 1 — Somme télescopique d'ordre trois
Calculer S=∑n=1∞n(n+1)(n+2)1.
Donner une expression exacte du reste RN et le plus petit entier N tel que RN≤10−3.
Corrigé détaillé
On utilise 1/[n(n+1)(n+2)]=21(1/[n(n+1)]−1/[(n+1)(n+2)]). Ainsi SN=1/4−1/[2(N+1)(N+2)], donc S=1/4.
Le reste est RN=1/[2(N+1)(N+2)]. La condition équivaut à (N+1)(N+2)≥500. Pour N=20, le produit vaut 462 ; pour N=21, il vaut 506. La croissance du produit montre que le plus petit entier est 21.
Exercice 2 — Convergence conditionnelle et précision
Étudier ∑n≥1(−1)n−1/n.
Distinguer convergence et convergence absolue.
Encadrer la somme par des sommes partielles et donner un rang garantissant une erreur au plus 10−2.
Corrigé détaillé
Les nombres 1/n décroissent vers 0 ; le critère alterné donne la convergence. La série des valeurs absolues est une série de Riemann d'exposant 1/2≤1, donc elle diverge. La convergence est conditionnelle.
Les sommes paires croissent, les impaires décroissent et S2m≤S≤S2m+1. Pour tout N, ∣S−SN∣≤1/N+1. Il suffit donc de prendre N+1≥104, soit N≥9999. Il s'agit d'une garantie issue du critère, non d'une affirmation d'optimalité réelle.
Exercice 3 — Seuil logarithmique
Pour β∈R, étudier ∑n≥21/[n(logn)β].
Déterminer les valeurs de convergence.
Pour β=2, encadrer le reste après le rang N≥2.
Corrigé détaillé
La fonction f(x)=1/[x(logx)β] est positive et décroissante à partir d'un certain rang, car f′/f=−(1+β/logx)/x. Avec u=logx, son intégrale devient ∫u−βdu, finie à l'infini exactement si β>1.
Pour β=2, f décroît sur [2,∞). Le critère intégral donne ∫N+1∞f≤RN≤∫N∞f. Comme ∫A∞f=1/logA, on obtient 1/log(N+1)≤RN≤1/logN.
Exercice 4 — Oscillation trigonométrique et critère de Dirichlet
Soit θ∈/2πZ.
Montrer la convergence de ∑n≥1sin(nθ)/n.
Établir une estimation du reste à partir d'une borne sur les sommes géométriques.
Corrigé détaillé
Pour p≤q, ∑n=pqeinθ=eipθ(1−ei(q−p+1)θ)/(1−eiθ), de module au plus M=2/∣1−eiθ∣. Les sommes des sinus sont donc bornées. Le facteur 1/n décroît vers zéro : Dirichlet s'applique.
Posons Ak=∑n=N+1ksin(nθ), donc ∣Ak∣≤M. La sommation d'Abel donne ∑n=N+1qsin(nθ)/n=Aq/q+∑k=N+1q−1Ak(1/k−1/(k+1)). Après passage à la limite, ∣RN∣≤M/(N+1).
Exercice 5 — Développement asymptotique et soustraction
Étudier la convergence de ∑n≥1[log(1+1/n)−1/n].
Montrer que HN−logN possède une limite et exprimer la somme précédente à l'aide de cette limite.
Corrigé détaillé
Le développement log(1+u)=u−u2/2+O(u3) donne un terme −1/(2n2)+O(n−3) ; la série converge absolument.
Posons aN=HN−logN. Alors aN+1−aN=1/(N+1)−log(1+1/N)<0, puisque log(1+1/N)=∫NN+1dt/t>1/(N+1). De plus HN≥∫1N+1dt/t, donc aN>0. Ainsi aN→γ. La somme partielle cherchée vaut log(N+1)−HN, qui tend vers −γ.
Exercice 6 — Produit de Cauchy absolument convergent
Soit ∣r∣<1.
Justifier le produit de deux séries géométriques et calculer ∑n≥0(n+1)rn.
En déduire ∑n≥1n2rn en explicitant la dérivation.
Corrigé détaillé
Les deux séries ∑rn convergent absolument. Leur produit de Cauchy a pour coefficient ∑k=0nrkrn−k=(n+1)rn. Donc ∑(n+1)rn=(1−r)−2.
La série géométrique peut être dérivée sur tout compact de (−1,1) : ∑n≥1nrn−1=(1−r)−2. Ainsi ∑nrn=r/(1−r)2. Une nouvelle dérivation suivie d'une multiplication par r donne ∑n2rn=r[(1−r)−2+2r(1−r)−3]=r(1+r)/(1−r)3.
Exercice 7 — Série factorielle
Pour a∈R, considérer ∑n≥0an/n!.
Prouver la convergence absolue.
Pour a=1, majorer le reste après le rang N par une expression factorielle simple.
Corrigé détaillé
Pour a=0, le quotient des valeurs absolues consécutives vaut ∣a∣/(n+1)→0<1 ; le critère de d'Alembert donne la convergence absolue. Pour a=0, seul le premier terme est non nul.
Pour n=N+1+j, n!≥(N+1)!(N+2)j. Par conséquent RN=∑n=N+1∞1/n!≤(N+1)!1∑j≥0(N+2)−j=(N+1)(N+1)!N+2. Par exemple, pour N=5, cette borne vaut 7/4320<0,002.
Exercice 8 — Une série positive à termes lacunaires
Définir un=1/n si n est une puissance de 2, et un=1/n2 sinon.
Étudier ∑un.
Montrer que le quotient un+1/un n'admet pas de limite et expliquer pourquoi cela ne contredit pas la première réponse.
Corrigé détaillé
La contribution des puissances de 2 vaut ∑k≥02−k=2. La contribution restante est majorée par ∑n≥1n−2, convergente. La série positive converge donc.
Pour n=2k−1 avec k≥2, le quotient vaut (2k−1)2/2k→∞. Pour n=2k, il vaut 2k/(2k+1)2→0. Le quotient n'a donc aucune limite. Le critère de d'Alembert est un outil suffisant dans certains cas, et non une condition nécessaire de convergence.
Exercice 9 — Série de différences de racines
Étudier ∑n≥1(n+1−n).
Étudier la série obtenue après soustraction de 1/(2n) et donner un équivalent de son terme général.
Corrigé détaillé
La somme partielle est N+1−1, donc la série diverge vers +∞, bien que son terme tende vers 0.
Le développement 1+u=1+u/2−u2/8+O(u3) donne n+1−n=1/(2n)−1/(8n3/2)+O(n−5/2). Le terme corrigé est donc équivalent à −1/(8n3/2). Sa valeur absolue est majorée par une constante fois n−3/2 à partir d'un certain rang : la série corrigée converge absolument.
Exercice 10 — Produit infini et logarithmes
Pour n≥2, poser PN=∏n=2N(1−1/n2).
Calculer PN puis sa limite.
Retrouver l'existence d'une limite strictement positive par une série de logarithmes.
Corrigé détaillé
On factorise 1−1/n2=((n−1)/n)((n+1)/n). Ainsi PN=(1/N)((N+1)/2)=(N+1)/(2N), d'où PN→1/2.
Tous les facteurs sont positifs. Comme log(1−u)=−u+O(u2), log(1−1/n2)=−1/n2+O(n−4). La série des logarithmes converge absolument. Ses sommes partielles sont logPN ; leur limite finie implique que PN tend vers une exponentielle strictement positive. Le calcul explicite identifie cette limite à 1/2.