Université L2 — licence de mathématiques

Séries entières — 10 exercices corrigés L2

On étudie le rayon de convergence, les opérations à l'intérieur du disque et les comportements aux extrémités réelles. Les identités obtenues à l'intérieur ne sont prolongées au bord qu'après une justification spécifique.

L'essentiel à retenir

  • Pour ∑anzn\sum a_nz^n, le rayon est donné par 1/R=lim sup⁡∣an∣1/n1/R=\limsup|a_n|^{1/n}, avec les conventions usuelles pour 00 et l'infini.
  • Une série entière converge normalement sur tout disque fermé de rayon strictement inférieur à RR et peut y être dérivée ou intégrée terme à terme.
  • Les séries dérivées ont le même rayon, mais leur convergence aux points du bord peut être différente.
  • Le théorème d'Abel permet, lorsqu'une série numérique au bord converge, d'identifier la limite radiale de la somme avec cette somme au bord.

Exercice 1 — Rayon et deux extrémités différentes

Étudier ∑n≥1xn/n\sum_{n\geq1}x^n/n.
  1. Déterminer le rayon et la somme pour ∣x∣<1|x|<1.
  2. Étudier séparément x=1x=1 et x=−1x=-1.
Corrigé détaillé
  1. Le quotient des coefficients consécutifs vaut n/(n+1)→1n/(n+1)\to1, donc R=1R=1. À l'intérieur, la dérivée vaut ∑n≥1xn−1=1/(1−x)\sum_{n\geq1}x^{n-1}=1/(1-x). La somme s'annule en zéro, donc elle vaut −log⁡(1−x)-\log(1-x).
  2. En 11, on obtient la série harmonique, divergente. En −1-1, la série ∑(−1)n/n\sum(-1)^n/n converge par le critère alterné, sans convergence absolue. Abel donne sa somme comme lim⁡x↓−1−log⁡(1−x)=−log⁡2\lim_{x\downarrow-1}-\log(1-x)=-\log2. L'intervalle de convergence réel est [−1,1)[-1,1).

Exercice 2 — Lacunes quadratiques

Considérer F(z)=∑n≥0zn2F(z)=\sum_{n\geq0}z^{n^2}.
  1. Déterminer son rayon de convergence comme série entière en zz.
  2. Étudier la convergence en z=1z=1 et z=−1z=-1.
Corrigé détaillé
  1. Les coefficients valent 11 aux indices carrés et 00 ailleurs. Leur limite supérieure à la puissance 1/k1/k vaut 11, donc R=1R=1. Directement, pour ∣z∣<1|z|<1, ∣z∣n2≤∣z∣n|z|^{n^2}\leq|z|^n pour n≥1n\geq1, assurant la convergence ; pour ∣z∣>1|z|>1, les termes ne tendent pas vers zéro.
  2. En 11, tous les termes sont 11. En −1-1, (−1)n2=(−1)n(-1)^{n^2}=(-1)^n, qui ne tend pas vers zéro. La série diverge donc aux deux extrémités réelles, malgré des comportements oscillatoires différents.

Exercice 3 — Somme pondérée par un polynôme

Pour ∣x∣<1|x|<1, calculer ∑n≥0(n+1)(n+2)xn\sum_{n\geq0}(n+1)(n+2)x^n.
  1. Utiliser une dérivation de la série géométrique.
  2. En déduire ∑n≥0(n+1)(n+2)/2n\sum_{n\geq0}(n+1)(n+2)/2^n.
Corrigé détaillé
  1. On part de ∑m≥0xm=(1−x)−1\sum_{m\geq0}x^m=(1-x)^{-1}. Deux dérivations donnent ∑m≥2m(m−1)xm−2=2/(1−x)3\sum_{m\geq2}m(m-1)x^{m-2}=2/(1-x)^3. En posant n=m−2n=m-2, on obtient exactement ∑n≥0(n+1)(n+2)xn=2/(1−x)3\sum_{n\geq0}(n+1)(n+2)x^n=2/(1-x)^3. Les dérivations sont valables pour ∣x∣<1|x|<1.
  2. Avec x=1/2x=1/2, la somme vaut 2/(1/2)3=162/(1/2)^3=16. Le terme initial est 22, ce qui est bien inclus dans cette valeur.

Exercice 4 — Une équation différentielle par coefficients

Chercher une solution entière de y′=2xyy'=2xy, y(0)=1y(0)=1.
  1. Établir la récurrence des coefficients.
  2. Déterminer la série, son rayon et la solution.
Corrigé détaillé
  1. Écrivons y=∑n≥0anxny=\sum_{n\geq0}a_nx^n. L'identification donne a1=0a_1=0 et, pour n≥1n\geq1, (n+1)an+1=2an−1(n+1)a_{n+1}=2a_{n-1}, avec a0=1a_0=1. Tous les coefficients impairs sont nuls. Pour les pairs, 2ka2k=2a2k−22ka_{2k}=2a_{2k-2}, donc a2k=1/k!a_{2k}=1/k!.
  2. La série est ∑k≥0x2k/k!\sum_{k\geq0}x^{2k}/k!. Pour tout xx, le quotient des termes absolus successifs est x2/(k+1)→0x^2/(k+1)\to0 ; le rayon est infini. Cette série vaut ex2e^{x^2}, qui vérifie directement l'équation et la condition initiale.

Exercice 5 — Intégration d'une série géométrique alternée

  1. Développer arctan⁡x\arctan x en série entière et déterminer le rayon.
  2. Justifier la convergence en x=1x=1 et calculer la somme correspondante.
Corrigé détaillé
  1. Pour ∣x∣<1|x|<1, 1/(1+x2)=∑n≥0(−1)nx2n1/(1+x^2)=\sum_{n\geq0}(-1)^nx^{2n}. L'intégration de 00 à xx donne arctan⁡x=∑n≥0(−1)nx2n+1/(2n+1)\arctan x=\sum_{n\geq0}(-1)^nx^{2n+1}/(2n+1). Les singularités complexes en ±i\pm i, ou le critère sur les coefficients non nuls, donnent R=1R=1.
  2. En 11, les amplitudes 1/(2n+1)1/(2n+1) décroissent vers zéro, donc la série converge. Le théorème d'Abel identifie sa somme à lim⁡x↑1arctan⁡x=π/4\lim_{x\uparrow1}\arctan x=\pi/4. La convergence n'est pas absolue car la série des inverses des entiers impairs diverge.

Exercice 6 — Produit de deux développements

Soit F(x)=ex/(1−x)F(x)=e^x/(1-x) pour ∣x∣<1|x|<1.
  1. Donner le coefficient de xnx^n.
  2. Déterminer le rayon exact de la série obtenue et le comportement des coefficients.
Corrigé détaillé
  1. Les séries ex=∑xk/k!e^x=\sum x^k/k! et (1−x)−1=∑xj(1-x)^{-1}=\sum x^j sont absolument convergentes pour ∣x∣<1|x|<1. Leur produit de Cauchy donne an=∑k=0n1/k!a_n=\sum_{k=0}^n1/k!. Ainsi F(x)=∑n≥0anxnF(x)=\sum_{n\geq0}a_nx^n.
  2. On a an→ea_n\to e, donc an1/n→1a_n^{1/n}\to1 et le rayon vaut exactement 11. En particulier, les coefficients restent bornés mais ne tendent pas vers zéro. Au point x=1x=1, les termes ana_n ne tendent pas vers zéro ; la série y diverge.

Exercice 7 — Une série à rayon infini non exponentielle

Poser F(x)=∑n≥0xn/(n!)2F(x)=\sum_{n\geq0}x^n/(n!)^2.
  1. Montrer que FF est définie pour tout réel et établir xF′′+F′−F=0xF''+F'-F=0.
  2. Calculer F(0)F(0), F′(0)F'(0) et montrer que FF est strictement croissante sur [0,∞)[0,\infty).
Corrigé détaillé
  1. Le quotient des termes absolus vaut ∣x∣/(n+1)2→0|x|/(n+1)^2\to0, donc R=∞R=\infty. Le coefficient de xnx^n dans xF′′+F′xF''+F' est (n+1)2/((n+1)!)2=1/(n!)2(n+1)^2/((n+1)!)^2=1/(n!)^2, y compris pour n=0n=0. Il coïncide avec celui de FF, d'où l'équation.
  2. Les coefficients donnent F(0)=1F(0)=1 et F′(0)=1F'(0)=1. Pour x≥0x\geq0, F′(x)=∑n≥1nxn−1/(n!)2≥1F'(x)=\sum_{n\geq1}n x^{n-1}/(n!)^2\geq1, donc FF est strictement croissante. Toutes les dérivations sont licites grâce au rayon infini.

Exercice 8 — Développement d'une fraction rationnelle

Développer f(x)=1/[(1−x)(1−2x)]f(x)=1/[(1-x)(1-2x)] au voisinage de zéro.
  1. Calculer les coefficients par décomposition en éléments simples.
  2. Retrouver une récurrence et le rayon de convergence.
Corrigé détaillé
  1. On résout 1=A(1−2x)+B(1−x)1=A(1-2x)+B(1-x) : A+B=1A+B=1 et 2A+B=02A+B=0, donc A=−1A=-1, B=2B=2. Ainsi f=−1/(1−x)+2/(1−2x)=∑n≥0(2n+1−1)xnf=-1/(1-x)+2/(1-2x)=\sum_{n\geq0}(2^{n+1}-1)x^n pour ∣x∣<1/2|x|<1/2.
  2. Comme (1−3x+2x2)∑anxn=1(1-3x+2x^2)\sum a_nx^n=1, on a a0=1a_0=1, a1=3a_1=3, puis an=3an−1−2an−2a_n=3a_{n-1}-2a_{n-2}. La formule explicite vérifie cette récurrence. Enfin ∣an∣1/n→2|a_n|^{1/n}\to2, donc R=1/2R=1/2.

Exercice 9 — Rayon après modification des coefficients

Soit ∑anzn\sum a_nz^n de rayon R∈(0,∞)R\in(0,\infty).
  1. Montrer que ∑n3anzn\sum n^3a_nz^n a le même rayon.
  2. Déterminer le rayon de ∑anz2n\sum a_nz^{2n} et expliquer le changement de variable.
Corrigé détaillé
  1. Pour n≥1n\geq1, ∣n3an∣1/n=n3/n∣an∣1/n|n^3a_n|^{1/n}=n^{3/n}|a_n|^{1/n} et n3/n→1n^{3/n}\to1. La limite supérieure reste donc 1/R1/R ; le coefficient initial, éventuellement annulé, n'influence pas le rayon.
  2. En posant w=z2w=z^2, la série est la série initiale évaluée en ww. Elle converge absolument si ∣z∣2<R|z|^2<R et diverge si ∣z∣2>R|z|^2>R. Son rayon est donc R\sqrt R. Aucune conclusion uniforme n'est possible sur le cercle ∣z∣=R|z|=\sqrt R sans information supplémentaire sur la série initiale.

Exercice 10 — Une somme intégrée deux fois

Pour ∣x∣<1|x|<1, poser S(x)=∑n≥1xn/[n(n+1)]S(x)=\sum_{n\geq1}x^n/[n(n+1)].
  1. Calculer S(x)S(x) pour x≠0x\ne0 et prolonger en zéro.
  2. Étudier la convergence uniforme sur [0,1][0,1] et calculer S(1)S(1).
Corrigé détaillé
  1. Avec 1/[n(n+1)]=1/n−1/(n+1)1/[n(n+1)]=1/n-1/(n+1), on obtient S=−log⁡(1−x)−[−log⁡(1−x)−x]/x=1+(1−x)log⁡(1−x)/xS=-\log(1-x)-[-\log(1-x)-x]/x=1+(1-x)\log(1-x)/x. En zéro, la série donne S(0)=0S(0)=0, ce qui est aussi la limite de cette expression.
  2. Sur [0,1][0,1], le terme est majoré par 1/[n(n+1)]1/[n(n+1)], dont la somme télescopique vaut 11. La convergence est normale, donc uniforme. En 11, S(1)=∑(1/n−1/(n+1))=1S(1)=\sum(1/n-1/(n+1))=1, conforme à la limite de la formule puisque (1−x)log⁡(1−x)→0(1-x)\log(1-x)\to0.