Université L2 — licence de mathématiques

Espaces euclidiens, orthogonalité et formes quadratiques — 10 exercices corrigés L2

On travaille dans des espaces vectoriels réels de dimension finie munis d'un produit scalaire. Les projections, les adjoints et la réduction orthogonale permettent de résoudre des problèmes géométriques et d'approximation.

L'essentiel à retenir

  • Le complément orthogonal vérifie E=F⊕F⊥E=F\oplus F^\perp et dim⁡F⊥=dim⁡E−dim⁡F\dim F^\perp=\dim E-\dim F.
  • La projection orthogonale pF(x)p_F(x) est l'unique élément de FF minimisant la distance à xx.
  • Dans une base orthonormée, la matrice de l'adjoint est la transposée. Un endomorphisme autoadjoint réel admet une base orthonormée de vecteurs propres.
  • Une matrice de Gram est positive ; elle est définie positive exactement lorsque la famille correspondante est libre.

Exercice 1 — Projection sur un plan

Dans R3\mathbb R^3 euclidien, soit F={(x,y,z):x+y+z=0}F=\{(x,y,z):x+y+z=0\}.
  1. Calculer la projection orthogonale de a=(1,2,4)a=(1,2,4) et sa distance à FF.
  2. Donner la matrice de la projection et celle de la symétrie orthogonale par rapport à FF.
Corrigé détaillé
  1. Un vecteur normal est n=(1,1,1)n=(1,1,1). La composante normale de aa est (a⋅n)/(n⋅n)n=(7/3)n(a\cdot n)/(n\cdot n)n=(7/3)n. Donc pF(a)=(−4/3,−1/3,5/3)p_F(a)=(-4/3,-1/3,5/3) et d(a,F)=7/3d(a,F)=7/\sqrt3.
  2. Si JJ est la matrice de tous les 11, P=I−J/3P=I-J/3. La symétrie fixe FF et change le signe de la composante normale, donc S=2P−I=I−2J/3S=2P-I=I-2J/3. Les identités J2=3JJ^2=3J donnent P2=PP^2=P et S2=IS^2=I ; les deux matrices sont symétriques.

Exercice 2 — Orthogonalisation de polynômes

Dans R2[X]\mathbb R_2[X], utiliser ⟨P,Q⟩=∫−11P(t)Q(t)dt\langle P,Q\rangle=\int_{-1}^1P(t)Q(t)dt.
  1. Orthogonaliser (1,X,X2)(1,X,X^2).
  2. Donner une base orthonormée.
Corrigé détaillé
  1. La parité donne ⟨1,X⟩=⟨X,X2⟩=0\langle1,X\rangle=\langle X,X^2\rangle=0. La projection de X2X^2 sur 11 vaut (∫t2)/(∫1)=1/3(\int t^2)/(\int1)=1/3. Une famille orthogonale est donc 1,X,X2−1/31,X,X^2-1/3.
  2. Les normes carrées sont 22, 2/32/3, puis ∫−11(t4−2t2/3+1/9)dt=2/5−4/9+2/9=8/45\int_{-1}^1(t^4-2t^2/3+1/9)dt=2/5-4/9+2/9=8/45. Une base orthonormée est 1/21/\sqrt2, 3/2X\sqrt{3/2}X, 5/8(3X2−1)\sqrt{5/8}(3X^2-1). Les facteurs sont positifs et normalisent exactement les trois normes.

Exercice 3 — Moindres carrés avec données explicites

On ajuste les points (0,1)(0,1), (1,2)(1,2), (2,2)(2,2) par une droite a+bta+bt.
  1. Établir et résoudre les équations normales.
  2. Calculer les résidus et l'erreur quadratique minimale.
Corrigé détaillé
  1. On minimise E=(a−1)2+(a+b−2)2+(a+2b−2)2E=(a-1)^2+(a+b-2)^2+(a+2b-2)^2. Les dérivées donnent 3a+3b=53a+3b=5 et 3a+5b=63a+5b=6. En soustrayant, 2b=12b=1, donc b=1/2b=1/2 et a=7/6a=7/6.
  2. Les résidus ajustement moins observation sont 1/6,−1/3,1/61/6,-1/3,1/6. Leur somme est nulle et leur produit scalaire avec (0,1,2)(0,1,2) est également nul : le résidu est orthogonal aux colonnes du modèle. L'erreur vaut 1/36+1/9+1/36=1/61/36+1/9+1/36=1/6. Les colonnes étant indépendantes, le minimum est unique.

Exercice 4 — Réduction orthogonale d'une forme quadratique

Soit q(x,y)=3x2+2xy+3y2q(x,y)=3x^2+2xy+3y^2.
  1. Réduire qq dans une base orthonormée.
  2. Décrire l'ellipse q=1q=1 et calculer son aire.
Corrigé détaillé
  1. La matrice symétrique est A=(3113)A=\begin{pmatrix}3&1\\1&3\end{pmatrix}. Les vecteurs orthonormés u=(1,1)/2u=(1,1)/\sqrt2 et v=(1,−1)/2v=(1,-1)/\sqrt2 ont pour valeurs propres 44 et 22. Pour les coordonnées s=(x+y)/2s=(x+y)/\sqrt2, t=(x−y)/2t=(x-y)/\sqrt2, on a q=4s2+2t2q=4s^2+2t^2.
  2. L'ellipse a pour demi-axes 1/21/2 dans la direction uu et 1/21/\sqrt2 dans la direction vv. Le changement orthogonal préserve l'aire, donc l'aire intérieure vaut π(1/2)(1/2)=π/(22)\pi(1/2)(1/\sqrt2)=\pi/(2\sqrt2).

Exercice 5 — Adjoint pour un produit scalaire pondéré

Sur R2\mathbb R^2, poser ⟨x,y⟩G=xTGy\langle x,y\rangle_G=x^TGy avec G=diag⁡(1,2)G=\operatorname{diag}(1,2). Soit A=(0110)A=\begin{pmatrix}0&1\\1&0\end{pmatrix}.
  1. Calculer son adjoint pour ce produit scalaire.
  2. Dire si AA est autoadjointe ou orthogonale pour ce produit.
Corrigé détaillé
  1. L'égalité ⟨Ax,y⟩G=⟨x,A∗y⟩G\langle Ax,y\rangle_G=\langle x,A^*y\rangle_G donne ATG=GA∗A^TG=GA^*, donc A∗=G−1ATGA^*=G^{-1}A^TG. Ici A∗=(021/20)A^*=\begin{pmatrix}0&2\\1/2&0\end{pmatrix}.
  2. Cette matrice diffère de AA, donc l'endomorphisme n'est pas autoadjoint pour ce produit, malgré sa symétrie usuelle. Pour être orthogonal, il faudrait ATGA=GA^TGA=G. Or ATGA=diag⁡(2,1)≠GA^TGA=\operatorname{diag}(2,1)\ne G. On peut aussi noter que e1e_1 a norme pondérée 11, mais son image e2e_2 a norme 2\sqrt2.

Exercice 6 — Distance à une droite affine

Soit la droite D={(1,0,1)+t(1,1,0):t∈R}D=\{(1,0,1)+t(1,1,0):t\in\mathbb R\} et a=(2,0,3)a=(2,0,3).
  1. Déterminer le point de DD le plus proche de aa.
  2. Calculer la distance et prouver l'unicité par une identité de Pythagore.
Corrigé détaillé
  1. Avec b=(1,0,1)b=(1,0,1) et u=(1,1,0)u=(1,1,0), le paramètre optimal est t0=(a−b)⋅u/∥u∥2=1/2t_0=(a-b)\cdot u/\|u\|^2=1/2. Le point projeté est p=(3/2,1/2,1)p=(3/2,1/2,1).
  2. Le résidu a−p=(1/2,−1/2,2)a-p=(1/2,-1/2,2) est orthogonal à uu. Sa norme carrée vaut 1/4+1/4+4=9/21/4+1/4+4=9/2, donc d(a,D)=3/2d(a,D)=3/\sqrt2. Pour tout tt, a−(b+tu)=(a−p)−(t−t0)ua-(b+tu)=(a-p)-(t-t_0)u ; l'orthogonalité donne ∥a−(b+tu)∥2=9/2+2(t−1/2)2\|a-(b+tu)\|^2=9/2+2(t-1/2)^2. Le minimum est donc atteint uniquement en t=1/2t=1/2.

Exercice 7 — Matrice de Gram et volume

Dans R3\mathbb R^3, prendre u=(1,1,0)u=(1,1,0) et v=(1,−1,1)v=(1,-1,1).
  1. Calculer leur matrice de Gram et l'aire du parallélogramme engendré.
  2. Calculer la projection de a=(1,0,0)a=(1,0,0) sur leur plan.
Corrigé détaillé
  1. u⋅u=2u\cdot u=2, v⋅v=3v\cdot v=3, u⋅v=0u\cdot v=0. La matrice de Gram est diag⁡(2,3)\operatorname{diag}(2,3), de déterminant 66. L'aire est donc 6\sqrt6.
  2. Comme les vecteurs sont orthogonaux, p(a)=(a⋅u)u/2+(a⋅v)v/3=u/2+v/3=(5/6,1/6,1/3)p(a)=(a\cdot u)u/2+(a\cdot v)v/3=u/2+v/3=(5/6,1/6,1/3). Le résidu (1/6,−1/6,−1/3)(1/6,-1/6,-1/3) est orthogonal aux deux vecteurs. Sa norme carrée vaut 1/36+1/36+1/9=1/61/36+1/36+1/9=1/6, d'où une distance au plan égale à 1/61/\sqrt6.

Exercice 8 — Caractérisation d'une projection orthogonale

Soit PP un endomorphisme euclidien tel que P2=PP^2=P.
  1. Montrer que PP est une projection orthogonale si et seulement s'il est autoadjoint.
  2. Si P≠0P\ne0 est une projection orthogonale, calculer sa norme opératorielle euclidienne.
Corrigé détaillé
  1. Si P=P∗P=P^*, pour u=Pxu=Px et v∈ker⁡Pv\in\ker P, ⟨u,v⟩=⟨x,Pv⟩=0\langle u,v\rangle=\langle x,Pv\rangle=0. L'image et le noyau sont donc orthogonaux et supplémentaires. Réciproquement, pour les décompositions orthogonales x=u+vx=u+v et y=u′+v′y=u'+v', ⟨Px,y⟩=⟨u,u′⟩=⟨x,Py⟩\langle Px,y\rangle=\langle u,u'\rangle=\langle x,Py\rangle, donc P=P∗P=P^*.
  2. Pythagore donne ∥x∥2=∥Px∥2+∥x−Px∥2\|x\|^2=\|Px\|^2+\|x-Px\|^2, donc ∥P∥≤1\|P\|\leq1. Un vecteur unitaire de l'image est fixé, d'où ∥P∥=1\|P\|=1. Pour la projection nulle, la norme vaut 00.

Exercice 9 — Composition de deux réflexions

Dans le plan euclidien, soit s0s_0 la réflexion par rapport à l'axe horizontal et sαs_\alpha celle par rapport à la droite d'angle α\alpha.
  1. Écrire leurs matrices.
  2. Calculer sαs0s_\alpha s_0 et interpréter le résultat.
Corrigé détaillé
  1. On a S0=diag⁡(1,−1)S_0=\operatorname{diag}(1,-1). Si RαR_\alpha est la rotation d'angle α\alpha, alors Sα=RαS0R−α=(cos⁡2αsin⁡2αsin⁡2α−cos⁡2α)S_\alpha=R_\alpha S_0R_{-\alpha}=\begin{pmatrix}\cos2\alpha&\sin2\alpha\\\sin2\alpha&-\cos2\alpha\end{pmatrix}.
  2. La multiplication donne SαS0=(cos⁡2α−sin⁡2αsin⁡2αcos⁡2α)=R2αS_\alpha S_0=\begin{pmatrix}\cos2\alpha&-\sin2\alpha\\\sin2\alpha&\cos2\alpha\end{pmatrix}=R_{2\alpha}. La composition de ces deux réflexions est donc une rotation d'angle 2α2\alpha. L'ordre inverse produit R−2αR_{-2\alpha} ; l'ordre de composition est essentiel.

Exercice 10 — Racine carrée d'une matrice définie positive

Soit A=(5445)A=\begin{pmatrix}5&4\\4&5\end{pmatrix}.
  1. Construire une matrice symétrique définie positive BB telle que B2=AB^2=A.
  2. Justifier l'unicité de cette racine parmi les matrices symétriques définies positives.
Corrigé détaillé
  1. Les directions (1,1)(1,1) et (1,−1)(1,-1) ont pour valeurs propres 99 et 11. Prendre les racines positives 3,13,1 donne B=12(3+13−13−13+1)=(2112)B=\frac12\begin{pmatrix}3+1&3-1\\3-1&3+1\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}2&1\\1&2\end{pmatrix}. Son carré vaut bien AA, et ses valeurs propres sont positives.
  2. Si CC est symétrique définie positive et C2=AC^2=A, alors CC commute avec AA. Il conserve donc les deux droites propres distinctes de AA. Sur chacune, son scalaire positif doit avoir pour carré 99 ou 11, donc vaut 33 ou 11. Ainsi C=BC=B.