Probabilités discrètes et couples de variables — 10 exercices corrigés L2
On étudie lois discrètes, conditionnement, moments et fonctions génératrices. La place des probabilités en L2 et le choix des lois abordées varient selon les parcours et les établissements.
L'essentiel à retenir
Une loi discrète est une famille de masses positives ou nulles de somme 1. Les moments sont définis lorsque les séries correspondantes sont intégrables.
L'indépendance d'un couple discret équivaut à P(X=x,Y=y)=P(X=x)P(Y=y) pour toutes les valeurs.
La formule de l'espérance totale s'écrit E(X)=E(E(X∣Y)) lorsque X est intégrable.
Pour une variable à valeurs dans N, la fonction génératrice G(s)=E(sX) permet d'obtenir les moments par dérivation lorsque les dérivées au voisinage de 1 sont justifiées.
Exercice 1 — Une table jointe et la dépendance
Le couple (X,Y) prend ses valeurs dans {0,1}2, avec P(0,0)=1/4, P(0,1)=1/4, P(1,0)=1/8, P(1,1)=3/8.
Calculer les marginales et tester l'indépendance.
Calculer covariance et espérance conditionnelle de X sachant Y=1.
Corrigé détaillé
P(X=1)=1/2, P(Y=1)=5/8, et les probabilités complémentaires valent 1/2 et 3/8. Or P(X=1,Y=1)=3/8=(1/2)(5/8)=5/16 : les variables sont dépendantes.
E(XY)=3/8, donc Cov(X,Y)=3/8−(1/2)(5/8)=1/16. Comme X est indicatrice, E(X∣Y=1)=P(X=1∣Y=1)=(3/8)/(5/8)=3/5. Toutes les masses données totalisent bien 1.
Exercice 2 — Somme de deux lois de Poisson
Soient X,Y indépendantes de lois de Poisson de paramètres λ,μ>0.
Déterminer la loi de S=X+Y.
Déterminer la loi conditionnelle de X sachant S=n.
Corrigé détaillé
Pour n≥0, P(S=n)=e−(λ+μ)∑k=0nλkμn−k/[k!(n−k)!]=e−(λ+μ)(λ+μ)n/n!. Donc S∼P(λ+μ).
Pour 0≤k≤n, on divise P(X=k,Y=n−k) par P(S=n), d'où (kn)[λ/(λ+μ)]k[μ/(λ+μ)]n−k. La loi conditionnelle est binomiale de paramètres n et λ/(λ+μ).
Exercice 3 — Absence de mémoire de la loi géométrique
Soit T de loi P(T=k)=p(1−p)k−1, k≥1, avec 0<p<1.
Pour m,n∈N, calculer P(T>m+n∣T>m).
Déduire l'espérance et la variance à partir de la fonction génératrice.
Corrigé détaillé
P(T>r)=(1−p)r pour r∈N, donc le quotient demandé vaut (1−p)n=P(T>n).
En posant q=1−p, G(s)=ps/(1−qs) pour ∣s∣<1/q. On a G′(s)=p/(1−qs)2 et G′′(s)=2pq/(1−qs)3. Comme 1<1/q, les dérivées en 1 sont permises : E(T)=1/p, E(T(T−1))=2q/p2. Ainsi Var(T)=2q/p2+1/p−1/p2=q/p2.
Exercice 4 — Tirage sans remise
Une urne contient 5 boules rouges et 3 bleues. On tire 3 boules sans remise ; X compte les rouges.
Donner la loi et calculer P(X≥2).
Calculer espérance et variance avec des indicatrices.
Corrigé détaillé
P(X=k)=(k5)(3−k3)/(38) pour k=0,1,2,3. Les numérateurs sont 1,15,30,10, de somme 56. Donc P(X≥2)=40/56=5/7.
Pour les trois positions, P(Ii=1)=5/8 et P(IiIj=1)=(5/8)(4/7)=5/14. Ainsi E(X)=15/8. La covariance vaut 5/14−25/64=−15/448. Donc Var(X)=3⋅15/64+6(−15/448)=225/448, conforme à 3(5/8)(3/8)(5/7).
Exercice 5 — Mélange de deux pièces
On choisit avec probabilités égales une pièce de probabilité de succès 1/4 ou 3/4, puis on la lance deux fois.
Calculer la loi du nombre S de succès.
Sachant S=2, calculer la probabilité que la pièce choisie soit celle de paramètre 3/4.
Corrigé détaillé
Conditionnellement au choix, S suit une loi binomiale de taille 2. Ainsi P(S=0)=21(9/16+1/16)=5/16, P(S=1)=21(6/16+6/16)=3/8, et P(S=2)=5/16. Les masses totalisent 1.
Par Bayes, la probabilité cherchée est [(1/2)(9/16)]/(5/16)=9/10. Les deux lancers sont indépendants conditionnellement à la pièce, mais pas sans conditionnement : la probabilité de deux succès est 5/16, différente du produit des probabilités marginales 1/4.
Exercice 6 — Somme aléatoire de variables
Soit N∼P(λ) et une suite (Zi) de Bernoulli de paramètre p, indépendante de N et à termes indépendants. Poser S=∑i=1NZi, somme nulle si N=0.
Déterminer la loi de S par sa génératrice.
Retrouver espérance et variance par conditionnement.
Corrigé détaillé
Sachant N=n, E(sS∣N=n)=(1−p+ps)n. Donc GS(s)=exp(λ[(1−p+ps)−1])=exp(λp(s−1)), génératrice d'une loi de Poisson de paramètre λp.
E(S∣N)=pN et Var(S∣N)=p(1−p)N. L'espérance totale donne E(S)=λp. La décomposition de variance donne Var(S)=p(1−p)λ+p2λ=λp, conforme à la loi obtenue.
Exercice 7 — Collection de trois types
On observe des tirages indépendants uniformes parmi trois types. Soit T le nombre de tirages nécessaire pour voir les trois.
Décomposer T en temps d'attente géométriques et calculer E(T).
Calculer sa variance en justifiant l'indépendance des étapes.
Corrigé détaillé
Le premier type apparaît au premier tirage. Le temps supplémentaire pour un nouveau type est géométrique de paramètre 2/3, puis celui pour le dernier de paramètre 1/3. Ainsi T=1+G2+G3 et E(T)=1+3/2+3=11/2.
Après chaque apparition nouvelle, les tirages futurs sont indépendants du passé ; les temps d'attente des étapes sont donc indépendants. Pour une géométrique sur {1,2,…}, la variance est (1−p)/p2. Donc Var(T)=(1/3)/(4/9)+(2/3)/(1/9)=3/4+6=27/4.
Exercice 8 — Une loi à queue lourde
Pour n≥1, poser P(X=n)=1/[n(n+1)].
Vérifier qu'il s'agit d'une loi et calculer P(X≥m).
Étudier l'existence de l'espérance et de E(1/X).
Corrigé détaillé
Comme 1/[n(n+1)]=1/n−1/(n+1), la somme totale vaut 1 et la queue vaut P(X≥m)=1/m.
L'espérance vaut formellement ∑n≥11/(n+1), qui diverge : E(X)=+∞. En revanche, E(1/X)=∑1/[n2(n+1)]. On décompose 1/[n2(n+1)]=1/n2−1/n+1/(n+1). Les sommes partielles donnent à la limite E(1/X)=∑1/n2−1=π2/6−1. Cette quantité est finie, ce qui n'impose aucune finitude de E(X).
Exercice 9 — Covariance nulle sans indépendance
Soit X uniforme sur {−1,0,1} et Y=X2.
Calculer les moments et la covariance.
Montrer que les variables ne sont pas indépendantes et calculer E(X∣Y).
Corrigé détaillé
E(X)=0, E(Y)=E(X2)=2/3 et E(XY)=E(X3)=0. Donc Cov(X,Y)=0. Les variances valent Var(X)=2/3 et Var(Y)=2/3−4/9=2/9.
P(X=0,Y=1)=0, alors que P(X=0)P(Y=1)=(1/3)(2/3)=2/9>0 : dépendance. Sachant Y=0, X=0 ; sachant Y=1, X vaut −1 et 1 avec probabilités égales. Dans les deux cas, l'espérance conditionnelle est nulle : E(X∣Y)=0.
Exercice 10 — Inégalité de concentration et moyenne empirique
Soient X1,…,Xn indépendantes de Bernoulli de paramètre p.
Calculer les moments de Xn et donner une borne de P(∣Xn−p∣≥ε).
Donner un effectif garantissant cette probabilité au plus 0,05 pour ε=0,1, uniformément en p.
Corrigé détaillé
La linéarité donne E(Xn)=p. L'indépendance donne Var(Xn)=p(1−p)/n. Par Bienaymé-Tchebychev, la probabilité est au plus p(1−p)/(nε2)≤1/(4nε2).
Avec ε=0,1, la borne uniforme est 25/n. Pour qu'elle soit au plus 0,05, il suffit que n≥500. Cette valeur garantit le niveau demandé par cette inégalité ; elle n'est pas présentée comme l'effectif minimal pour la probabilité exacte.