Variables à densité et couples continus — 10 exercices corrigés L2
Ce chapitre présente densités, transformations, couples continus et moments. Selon les établissements, certains résultats sont enseignés dans un cadre de calcul intégral élémentaire ou dans un cadre plus formel d'intégration et de distributions de probabilité.
L'essentiel à retenir
Une densité est une fonction mesurable positive ou nulle d'intégrale 1. Les probabilités sont les intégrales de cette densité sur les ensembles considérés.
Pour une transformation monotone C1 à dérivée non nulle, la densité transformée utilise la dérivée absolue de l'inverse ; plusieurs branches doivent être additionnées si nécessaire.
Pour un couple à densité, les marginales s'obtiennent par intégration et l'indépendance correspond à la factorisation de la densité presque partout.
Les densités conditionnelles se définissent par quotient de la densité jointe par la marginale, aux valeurs où cette dernière est strictement positive.
Exercice 1 — Densité polynomiale sur un segment
Soit f(x)=cx(1−x) sur [0,1], nulle ailleurs.
Déterminer c et la fonction de répartition.
Calculer espérance et variance.
Corrigé détaillé
∫01x(1−x)dx=1/6, donc c=6. Pour 0≤t≤1, F(t)=6(t2/2−t3/3)=3t2−2t3 ; elle vaut 0 avant 0 et 1 après 1.
E(X)=6∫01(x2−x3)dx=6(1/3−1/4)=1/2. De même, E(X2)=6(1/4−1/5)=3/10. Donc Var(X)=3/10−1/4=1/20. La symétrie f(1−x)=f(x) confirme l'espérance 1/2.
Exercice 2 — Carré d'une variable uniforme symétrique
Soit X uniforme sur [−1,1] et Y=X2.
Déterminer la répartition et la densité de Y.
Calculer E(Y) et vérifier le résultat à partir de X.
Corrigé détaillé
Pour 0≤y≤1, P(Y≤y)=P(−y≤X≤y)=y. La répartition vaut 0 pour y<0 et 1 pour y≥1. Sa dérivée sur (0,1) est fY(y)=1/(2y), intégrable malgré sa singularité en zéro.
E(Y)=∫01y/(2y)dy=21⋅2/3=1/3. Directement, E(X2)=21∫−11x2dx=1/3. Les deux branches x=±y contribuent chacune pour moitié à la densité transformée.
Exercice 3 — Somme de deux exponentielles
Soient X,Y indépendantes de densité λe−λx1x>0, avec λ>0.
Déterminer la densité de S=X+Y.
Calculer ses deux premiers moments et sa variance.
Corrigé détaillé
Pour s>0, la convolution donne fS(s)=∫0sλe−λxλe−λ(s−x)dx=λ2se−λs ; elle est nulle pour s≤0. Son intégrale vaut 1 par changement u=λs.
Avec ∫0∞une−udu=n!, E(S)=λ2⋅2!/λ3=2/λ et E(S2)=λ2⋅3!/λ4=6/λ2. Ainsi Var(S)=2/λ2, également somme des variances indépendantes.
Exercice 4 — Densité uniforme sur un triangle
Le couple (X,Y) a une densité constante sur T={x>0,y>0,x+y<1}, nulle ailleurs.
Déterminer la constante, les marginales et l'indépendance.
Calculer E(X) et Cov(X,Y).
Corrigé détaillé
L'aire du triangle vaut 1/2, donc la constante est 2. Pour 0<x<1, fX(x)=2(1−x) ; la marginale de Y est analogue. Le support triangulaire ne factorise pas : par exemple la densité jointe est nulle pour x+y>1, alors que le produit des marginales y est positif.
E(X)=2∫01x(1−x)dx=1/3, et de même E(Y)=1/3. De plus E(XY)=2∬Txy=2/24=1/12. Donc Cov(X,Y)=1/12−1/9=−1/36.
Exercice 5 — Maximum et minimum de deux uniformes
Soient U,V indépendantes uniformes sur [0,1], M=max(U,V) et m=min(U,V).
Déterminer leurs densités et espérances.
Calculer la covariance de m et M.
Corrigé détaillé
Pour 0≤t≤1, P(M≤t)=t2, donc fM(t)=2t et E(M)=2/3. De même P(m>t)=(1−t)2, donc fm(t)=2(1−t) et E(m)=1/3.
On a identiquement mM=UV. Par indépendance, E(mM)=E(U)E(V)=1/4. Donc Cov(m,M)=1/4−(1/3)(2/3)=1/36. Les deux variables ne sont pas indépendantes ; leur support joint impose toujours m≤M.
Exercice 6 — Rapport de deux exponentielles
Soient X,Y indépendantes exponentielles de paramètre 1. Poser S=X+Y et R=X/(X+Y).
Déterminer leur densité jointe par changement de variables.
Identifier leurs lois et leur indépendance.
Corrigé détaillé
L'inverse est x=rs, y=(1−r)s, sur s>0, 0<r<1. Le jacobien absolu vaut s. La densité jointe devient donc fS,R(s,r)=se−s1s>010<r<1.
L'intégrale de se−s sur (0,∞) vaut 1, tout comme celle de 1 sur (0,1). La densité factorise donc en deux densités : S a la densité se−s et R est uniforme sur (0,1). Les variables S,R sont indépendantes. En particulier, E(R)=1/2 et E(S)=2.
Exercice 7 — Transformation exponentielle et loi de Pareto
Soit X exponentielle de paramètre λ>0 et Y=eX.
Déterminer la loi de Y.
Déterminer pour quels q∈R le moment E(Yq) est fini et le calculer.
Corrigé détaillé
Y≥1. Pour y≥1, FY(y)=P(X≤logy)=1−y−λ. La densité est donc λy−λ−1 sur (1,∞).
E(Yq)=λ∫1∞yq−λ−1dy, finie exactement lorsque q<λ. Elle vaut alors λ/(λ−q). Pour q=λ, la divergence est logarithmique ; pour q>λ, elle est en puissance. Ainsi l'espérance n'est finie que si λ>1, et la variance seulement si λ>2.
Exercice 8 — Densité conditionnelle non constante
Sur (0,1)2, le couple (X,Y) a pour densité f(x,y)=x+y.
Calculer la marginale de X et E(Y∣X=x).
Calculer la covariance et tester l'indépendance.
Corrigé détaillé
La densité est normalisée car son intégrale vaut 1. La marginale est fX(x)=x+1/2. Pour 0<x<1, fY∣X=x(y)=(x+y)/(x+1/2) et E(Y∣X=x)=(x/2+1/3)/(x+1/2).
Par symétrie, E(X)=E(Y)=∫01x(x+1/2)dx=7/12. De plus E(XY)=∬xy(x+y)=1/6+1/6=1/3. Donc la covariance vaut 1/3−49/144=−1/144. Elle est non nulle, donc les variables ne sont pas indépendantes.
Exercice 9 — Transformation affine d'une normale
Soit Z de densité φ(z)=(2π)−1/2e−z2/2 et X=2−3Z.
Donner la densité de X et son espérance et sa variance.
Exprimer P(−1≤X≤5) en fonction de la répartition Φ de Z.
Corrigé détaillé
L'inverse est z=(2−x)/3, de dérivée absolue 1/3. Donc fX(x)=32π1exp[−(x−2)2/18]. La symétrie et les moments de la normale centrée réduite donnent E(X)=2 et Var(X)=9.
Les inégalités −1≤2−3Z≤5 équivalent à −1≤Z≤1, en inversant correctement les signes lors de la division par −3. La probabilité vaut Φ(1)−Φ(−1)=2Φ(1)−1, par symétrie.
Exercice 10 — Simulation inverse et quantiles
Soit U uniforme sur (0,1) et X=−log(1−U)/λ, avec λ>0.
Déterminer la loi de X et sa médiane.
Calculer P(X>s+t∣X>s) pour s,t≥0.
Corrigé détaillé
Pour x≥0, P(X≤x)=P(U≤1−e−λx)=1−e−λx ; pour x<0, cette probabilité est nulle. Ainsi X est exponentielle de paramètre λ. La médiane m vérifie 1−e−λm=1/2, donc m=log2/λ.
La queue est P(X>a)=e−λa. Le quotient conditionnel vaut e−λ(s+t)/e−λs=e−λt=P(X>t). Cette absence de mémoire est obtenue pour des événements de probabilité de conditionnement strictement positive.